Aucun plan ne résiste à la réalité, ce matin tout paraît parfaitement aligné malgré la fraîcheur de l’air. Après deux jours de repos dans un lit douillet, le ciel s’est drapé de son beau manteau céleste, l’astre solaire brille de mille feu, rien de mieux pour reprendre la route. En partant sur le pont qui franchit la rivière “Rio Negro” à la sortie de la ville on se rend compte que le niveau des eaux a encore monté, les inondations ont pris possession de toutes les berges et les rues adjacentes. Quelques kilomètres plus loin Silvina me demande de vérifier sa roue arrière et c’est la cata… le revêtement latéral de la roue est complètement déchiré, ça ne tient plus que grâce au scotch posé en urgence à l’école rurale.

Ça va pas tenir longtemps il faut trouver une solution. Ça aurait dû être réglé avant de reprendre la route, mais bref… À environ un kilomètre se trouve un péage routier, je m’y presse, une employée me confirme qu’il des ateliers de vélos à Mercedes. Demi tour ! 

En chemin passé Sebastian un cycliste du coin qui me passe l’adresse d’un mécanicien. Il est déjà presque 13h, tous les shops sont fermés jusqu’à 15h, on se rend direct à son adresse privé mais personne ne répond. En tapant la causette avec un couple de retraité du voisinage on apprend qu’un passionné de vélo vit à deux pâtés de maisons. C’est ainsi qu’on débarque chez Walter et Silvia. De fait Walter a parcouru plusieurs fois l’Uruguay avec des groupes de cyclotouristes.

Il nous sauve la mise en moins de deux en récupérant un vieux pneu lisse qui traînait dans son jardin. Les deux sont super gentils, Silvia nous invite pour le déjeuner mais nous refusons poliment sinon nous n’irons nulle part aujourd’hui. Évidemment nous tapons la causette sur les expériences cyclopèdes et faisons connaissance pendant le changement de semelle de la monture.

Photo souvenir, échanges de quelques petits cadeaux et c’est déjà reparti, il est 14h, il nous reste environ quarante kilomètres et un peu plus de 4h de soleil , faut pas traîner.

Retour sur la route Nationale en direction de la frontière, le genre de via que je déteste, pleine de camions et véhicules qui fusent à toute berzing, le cauchemar du cycliste. Heureusement quelques kilomètres après le péages un raccourci nous permet de couper un bout sur une route plus étroite avant de retrouver la route 24 qui monte vers le nord, portion beaucoup moins fréquentée puisque la majorité des camions ont passé la frontière vers l’ouest.

Vers 17h, arrivée à Nuevo Berlin qui comme on pourrait s’en douter fut fondée par des allemands ayant vécu en Argentine mais dont aucun descendant ne persiste dans la zone. Ainsi Nuevo Berlin ne fut jamais une colonie.

La petite ville est super calme, les berges sont inondées (selon l’office du tourisme le niveau de la rivière aurait monté de huit mètres), la zone est envahie de moustiques affamés, agressifs à souhait et résistant aux fraîcheurs nocturnes mais la vue sur la rivière est de toute beauté. En passant à l’épicerie du coin, les gens sont très aimables et avenants , intéressées par notre aventure. Non loin de l’office du tourisme une zone de camping gratuite avec toilettes , douche et eau chaude , tables, bbq… de fait idéal. 

Il reste 10 minutes de soleil, on amasse rapidement du bois afin de lancer le feu au bord de l’eau en profitant du magnifique coucher de soleil qui nous accueille les bras ouvert. 

Pendant que je cuisine passe un véhicule de la Police, Silvina va les consulter pour savoir si on peut installer notre tente sous un couvert du club de pêche. Descendent du véhicule deux jeunes flics pour un contrôle de routine et nous informe que le club est une zone privée, l’un deux est équipé d’un fusil à Pompe, je lui lance « tu vas à la chasse ? »,, du tac au tac il me répond « oui aux moustiques ».

😁 C’est vrai on est envahit , des nuées de millions de gros moustiques cherchent le moindre centimètre de peau pour nous pomper ce qu’ils peuvent. On tape un peu la causette puis apparaît le commissaire Rodriguez qui a appelé le responsable de club de pêche et qui nous confirme que nous avons l’autorisation de nous installé. Trop cool! Quand nos trois larrons costumés s’en vont le commissaire me demande avant d’entrer dans la voiture: « es verdad? Sos francés ? “ , moi : “ si claro”. Il nous laisse sur un “Vive la France! ».

Alors ça c’est du service, y a un paquet de fonctionnaire qui devrait en tirer des leçons.

Excellent, dîner au bord de l’eau, de nuit, maintenant que la température a baissé les moustiques sont moins pénibles. Nettoyage, direction le club de pêche, sous un toit nous installons notre petit campement puis direction la douche. Une bonne douche bien chaude avant d’aller au lit, rien de tel … 

Les choses ne se passent pas toujours comme prévu et heureusement, que des belles surprises aujourd’hui!