Je kiffe ces petits bleds pas touristique pour un sous, bien traditionnel, le marché central est le lieux où se passe toute l’activité sociale surtout de bon matin. Les rues sont emplies de personnages qui rempliraient facilement un album photo de portraits authentiques mais ça casserait le charme de l’instant. Parfois c’est de marquer la pellicule de notre rétine que de sortir la technologie et rompre le charme. Au marché, quelques emplettes pour la route (fromage frais, avocats, pain frais) et un bon petit déjeuner pour moins d’un euro ( café, sandwich avec œuf au plat et tomate, empanadas de fromage et de poulet). Après ça on est fin prêt à prendre la route. Ça commence fort, une bonne montée de 10 kilomètres avec des portions à 9%. Séance de purge, ça transpire à grosse goutte, on pourrait croire que je me suis pisse dessus tellement mes habits et mon pantalon absorbent la sueur. Peu avant l’arrivée au col un jeune cycliste du coin qui pédale sur un vélo Trek de route à moins de 10 kilos, prend mon rythme et tape la causette jusqu’au col. Erwin, 22 ans est frais comme un gardon, le petit gars est pro , il après s’entraîne pour la compétition. En arrivant au col je le laisse continuer et pour pas changer j’attends Silvina. 

J’en profite pour poser quelques lignes et essayer de rattraper mon retard dans mon journal de bord. Aujourd’hui il va falloir envoyer minimum 55km, voir 75km. En Bolivie peu de portion plate, ça ondule en haut, en bas en permanence. Les versants des montagnes sont colonisés en grande partie par des « carapations » (neoraimondia herzogiana), considéré comme un arbuste mais qui ressemble à un cactus géant. Un arbuste dont l’ habitat est les vallées sèches de Bolivie ( Cochabamba, Chquisaca, Santa Cruz et Tarija), il pousse en forme de bougeoir, pérenne et charnu qui peut atteindre les 15m de hauteur, avec un diamètre de 15 à 20cm. Il a 6-7 côtelettes et les aerolas ont de 3 à 5 épines centrales et de 7 à 10 épines radiales qui mesurent jusqu’à 2 cm. Après un peu moins d’une heure et demi d’ascension les 10 prochains km sont avalés en à peine 20min, comme dans la vie après chaque montée vient une descente. Après le fond de vallée durant quelques km arrive déjà la deuxième ascension du jour. Parfois quand les jambes font mal au bout d’une courbe tu espères voir le sommet de la pente et bien souvent ce n’est pas le cas, il fait encore en chier un bout avant d’atteindre le sommet. Justement aujourd’hui c’est le cas, en voyant le bout de route qui reste je décide de sortir la téléphone pour analyser la distance restante. Encore environ 4 km d’ascension, à ce rythme il faudra encore une heure et il est déjà 13h. La fringale guette, mieux vaut s’arrêter pour manger un morceau avant de mettre les derniers coup de pédales jusqu’au sommet. Pause sandwich avec les vivres achetés au marché. 

Ça repose les jambes et les fesses irritées après 7 jours de pédalage non stop. En général c’est mieux de prendre un ou deux jours de repos pas semaine. Après la pause dernier coups de braquets jusqu’au col à 2040m d’altitude. À mesure que nous avalons les kilomètres les collines sont de plus en plus vertes, les plantes se diversifient. De l’autre côté nous attend la pluie qu’on avait plus vue depuis un bon moment. En pleine descente arrêt obligatoire pour enfiler le gore tex. J’ hésitais pour envoyer encore 20km, réduire l’étape de demain et camper au bord de la route mais avec la pluie change la donne. En arrivant à Mataral il y a un hébergement, il est 16h, on a bouffé 55km et 1070m de dénivelé positif, c’est est assez pour aujourd’hui. On se pose, ça laisse le temps de se relaxer, prendre une douche, jouer un peu de guitalele, puis d’aller manger un morceau à une table du coin où juste à côté jouent deux mecs, accordéon et une sorte de mini guitare à 5 cordes avec une grosse caisse de raisonnante qui lui donne une énorme présence en comparaison de sa taille. Aujourd’hui cerise sur le gâteau on se trouve un pot d’un litre de glace avec des gaufrettes aux chocolat qui font office de dessert qu’on se partage dans la chambre pendant que la pluie a refait son apparition. Heureusement qu’on a pas campé. Un moment de lecture et enfin il est temps de retrouver Morphée.